Entreprendre dans les industries culturelles et créatives :

 

 

Le continent africain regorge d’une richesse culturelle inexploitée. On ne cessera de le dire, l’Afrique est le berceau de l’humanité car la plus grande des civilisations est née en Afrique noire. Elle se caractérise par la diversité culturelle visible à travers la multiethnicité et le multilinguisme. Les chants, danses et tenues traditionnelles, les légendes africaines, les sciences, tant d’éléments qui ont et qui continuent d’inspirer le monde. Chaque pays embrasse son histoire, ses traditions, ses valeurs et son authenticité.

 

 

Au Sénégal, la créativité est visible partout. Cependant, la part de la culture et de l’artisanat n’est pas valorisé dans l'économie à sa juste valeur et les budgets alloués à la culture sont très minces. Pourtant, les industries créatives et culturelles présentent de belles perspectives d’avenir et des opportunités d’emplois, d’où la pertinence de la problématique de l’entrepreneuriat dans les ICCs.

C’est dans cette perspective que Concree en partenariat avec l’institut français de Dakar a organisé un meet-up sur la thématique : « entreprendre dans les industries créatives et culturelles ». L’objectif de cette rencontre a été de réunir les acteurs ICC (structures d’accompagnements, structures de financements etc.) ainsi que les entrepreneurs créatifs en vue d’échanger sur les facteurs de succès et les problématiques du secteur au Sénégal.  Tout au long de l’évènement, deux problématiques ont été soulevées :

Qu’est ce qui représente un frein à l’entrepreneuriat culturel et créatif ?

Est-il possible de produire sa passion et de vivre de sa passion ?

 

 

 

Qu’est-ce qui représente un frein à l’entrepreneuriat créatif et culturel ?

Les métiers de la culture socialement dévalorisé :

Le Sénégal regorge de jeunes talents qui ne demandent qu’à être accompagnées. Cependant, nourrir l’ambition de devenir un artiste ou un entrepreneur culturel est perçu pour beaucoup comme un manque d’ambition. Ainsi, les personnes ayant une sensibilité artistique sont livrés à eux-mêmes car considéré comme des déchus du système scolaire, ils ne bénéficient pas d’un soutien de la part de leur famille et proches, ce qui freine le développement de leurs activités.

Éveiller un intérêt pour la culture chez les parents représente donc un challenge pour les écoles d’arts. Selon Cheikh Mara, fondateur de startup Makarima (programme d’activités ludo artiste destinée aux enfants), « sensibiliser les parents est tout aussi important que la formation des enfants ».

 

Les acteurs culturels ont -il l’esprit entrepreneurial ?

La plupart des acteurs du secteur se considèrent comme entrepreneurs. Néanmoins, il important de rappeler que ces derniers ne maîtrisent pas les « rouages de la structuration entrepreneuriale ». N’ayant pas été formé pour gérer les aspects administratifs et financiers de leurs activités, les artistes rencontrent des difficultés à travailler sur leur art et à gérer en parallèle le portefeuille. A cet effet, il est recommandé de travailler avec des collaborateurs (ou associés) détenant des compétences managériales qui permettent aux créatifs de se consacrer entièrement à leur art.

 

Difficultés d’accès aux financements

Au Sénégal, les institutions financières octroient très difficilement des prêts aux entrepreneurs. Ceci peut être en parti justifié par le manque de garanti des porteurs de projets ainsi que l’incertitude en termes de retour sur investissement de leur projet. Ce qui explique que la plupart des créatifs autofinancent leur projet quand ils le peuvent. Toutefois, il existe des structures financières comme la DER qui octroie des prêts aux entrepreneurs créatifs et culturels avec des taux d'intérêt très attractifs (environ 5%) afin de leur permettre de concrétiser et de développer leur projet.

Manque de visibilité/ promotion des jeunes talents 

La promotion est importante c’est ce qui assure une visibilité aux créations des acteurs culturels. Ne disposant pas des compétences techniques nécessaire, ces derniers sont limités dans leurs actions. Ce qui est handicapant car un entrepreneur doit également pouvoir communiquer sur ses produits.

 

Est-il possible de produire sa passion et de vivre de sa passion ?

 

Oui, le business et la culture peuvent très bien se conjuguer !

En en croire Aicha DEME, intervenante lors du second panel (accompagner les créatifs dans les industries créatives et culturelles), « il y’a de l’argent dans la culture. Il n’y a aucune raison de ne pas vivre de son art. La culture c’est de l’argent, c’est du business ! ». La fondatrice de Siriworo citera par dans la foulée l’exemple des Etats-Unis dont « la culture représente 4% du PIB national des USA tout en sachant que le pays ne possède pas de ministère de la culture ». Un exemple aussi avéré que pertinent. En effet, selon une étude menée par le National Endowment for the arts (NEA) le secteur des industries créatives et culturelles contribue à hauteur de 704,2 milliards de dollars à l’économie américaine, ce qui représente 4,23 % du PIB des Etats-Unis. Le poids du secteur culturel américain est similaire à celui de la France. En référence au magazine la Tribune, « la culture contribue 7 fois plus au PIB de l’hexagone que l’industrie automobile avec 57,8 milliards d’euros de valeur ajoutée par an ».

Cependant, en Afrique les industries africaines ne génèrent que 58 milliards de dollars, soit 1,1% du PIB régional. Ainsi, il est important de se poser la question suivante :

 

 

 

Pourquoi les acteurs culturels africains ne vivent-ils pas de leur art ?

 

Passion avant tout

De nombreux acteurs culturels africains défendent l’idée selon laquelle la passion doit être la première source de motivation d’un artiste et non l’argent. D’après ces derniers, le plus important c’est de pouvoir exprimer sa passion et d’exporter la culture africaine. A cet effet, Babacar BIRANE CEO de Concree et modérateur de ce panel posa la question :

Quel est le point d'équilibre entre la créativité et le business ? la créativité doit-elle prendre le dessus sur le business ?

La réponse d’Aziz DIENG, conseiller technique n1 du ministère de la culture et vice-président du comité international sur les droits d’auteur de l’OMPI a été très claire. « Tout discours doit être marqué par le contexte. Pourquoi le business ne doit pas prendre le pas sur la culture ? Avant, il s’agissait d’exporter la culture maintenant, il faut vendre la culture ! ». Toutefois, c’est à l’artiste de bien définir ses objectifs et de savoir s’il met en avant la créativité au détriment du business. Tel qu’il a été mentionné par Adrien Schwarz (attaché de coopération innovation et économie à l’ambassade de France) : « C’est une question de choix ! ».

 

Question des droits des auteurs

 

Les industries créatives et culturelles ne peuvent être génératrices de revenus si le principe du droit des auteurs n’est pas respecté. Au Sénégal, beaucoup d’artistes se plaignent du fait que leurs œuvres soient utilisées de manière illégale. Par exemple, les médias tels que les radios et télévisions sénégalaises, diffusent des vidéos clips, des concerts, des films sans verser les droits d’auteurs. Selon Aziz Dieng, cela représente un manque à gagner. 

 

Adapter le business model

La culture évolue tout comme la manière de faire du business. « Il faut trouver une autre manière de vendre la culture » dixit Aziz Dieng.

De nos jours, la digitalisation de notre société est phénomène en croissance indiscutable, il s’applique à une multitude de domaines et l’art n’est pas épargné. Aziz Dieng souligne qu’au Sénégal, 62% de la perception des droits d’auteurs viennent du numérique. Les artistes religieux l’ont bien compris. En effet, ces derniers ont réussi à tirer profit des évolutions technologiques grâce aux « dalal tones », chants religieux utilisée comme sonnerie d’attentes pour faire patienter les correspondants.  Selon les chiffres de la Sénégalaise des droits d’auteurs et des droits voisins (Sodav) la Sonatel, première société de téléphonie au Sénégal verserait 400 millions par an en redevances.

 

Ce qu’il faut retenir de la rencontre :

 

Tout au long de l’évènement, les entrepreneurs créatifs tel que Bruno Senghor (co-fondateur d’Artwork), Cheikh Mara (fondateur de Makarima) et François Diouf (DG de NeeguRap Music Group) ont partagé avec le public les facteurs de succès et les problématiques du secteur culturel au Sénégal. Les différents acteurs des ICC (structures d’accompagnement, structure de finance) qui ont été mobilisé dans le cadre de cette rencontre ont quant à eux, mis en exergue les opportunités qui existent au Sénégal pour les entrepreneurs dans les ICC.